Bulle ronde: Sorry,j'ai perdu mes yeux d'ivoire et ma queue d'ébène
 L'amour du bois
 

 

 

 Le bois est la matière que je préfère.

 Jour après jour l'arbre a vu se lever le soleil. Il a respiré l'air frais dans lequel il dansait. Quelques gouttes de rosée suffisaient  à sa toilette. C'est sans doute pourquoi le bois sent si bon lorsqu'on le travaille.

 Il offre du vert tendre, des fleurs odorantes, des fruits délicieux. Il fait trop chaud et les oiseaux s'y abritent pour y chanter leur bonheur. Les papillons invités à voltiger près de lui attirent les enfants qui s'y cachent et observent le monde d'un peu plus haut. C'est ainsi que j' étais, toujours perché dans un de ces marronniers ou dans le noisetier du jardin de mon grand père.

 Mon papi était ébéniste. Il réalisait de beaux meubles de style dans de l'acajou et du merisier. J'ai alors grandi dans les copeaux, respiré colles et vernis. Dans son atelier, j'étais fasciné par le rabot qui glisse sur la planche, le "rapp-rapp"de la râpe  m'enivrait et la poussière me chatouillait le nez jusqu'à l'éternuement. Un vrai jeu d'enfant.

 Je  devais avoir dix ans... Un petit chien noir avec un collier rouge trônait sur un meuble sans poussière. On lui tirait  la queue et un coffre sans bijoux s'ouvrait. Prisonnier durant la guerre mon grand père l'avait sculpté au couteau. Je décidais donc d'en faire une copie.

Voilà pour la petite histoire.